Et si votre ado avait simplement besoin de trouver son activité?
À l’adolescence, il n’est pas rare de voir les écrans prendre énormément de place. Téléphone, console, ordinateur, réseaux sociaux, vidéos… tout est accessible rapidement et sans réel effort. Comme parent, ça peut devenir préoccupant de voir son jeune passer autant de temps assis, parfois sans envie de sortir ou de faire une activité physique.
Le premier réflexe est souvent de penser qu’il manque de motivation ou qu’il est simplement paresseux. Pourtant, je ne crois pas que ce soit aussi simple. Les adolescents vivent dans un environnement où ils sont constamment sollicités et où le divertissement est disponible en permanence. Dans ce contexte, leur demander seulement de « lâcher leur téléphone » fonctionne rarement longtemps. À mon avis, la vraie question est plutôt la suivante : qu’est-ce qu’on peut leur offrir qui soit assez intéressant pour qu’ils aient envie de le déposer d’eux-mêmes?
C’est une des raisons pour lesquelles je trouve que le karaté peut avoir une place particulièrement intéressante à cet âge-là. Pas parce qu’il s’agit d’une solution miracle, ni parce que tous les jeunes vont automatiquement tomber amoureux des arts martiaux, mais parce que le dojo offre quelque chose que les écrans offrent difficilement : des expériences concrètes, des défis réels et la satisfaction de progresser grâce à ses propres efforts.
Quand un adolescent arrive au dojo pour la première fois, il est souvent un peu inconfortable. Il ne sait pas où se placer, comment attacher sa ceinture ou comment effectuer les mouvements qu’on lui demande. Il regarde les autres, se demande peut-être s’il est assez en forme ou s’il va avoir l’air ridicule. C’est tout à fait normal. Puis le cours commence, et peu à peu, l’attention se déplace. On apprend un mouvement, on essaie une technique, on travaille avec un partenaire, on frappe sur des cibles et on recommence lorsqu’on se trompe.
C’est là que quelque chose d’important peut se produire. Le jeune commence à obtenir de petites réussites. Une technique qui semblait compliquée devient un peu plus naturelle. Un déplacement s’améliore. Un premier combat est complété malgré le stress. Il ne s’agit pas forcément de grandes victoires, mais elles ont une valeur particulière parce qu’elles sont méritées. Le jeune sait qu’il n’a pas reçu cette réussite automatiquement. Il a dû essayer, faire des erreurs et continuer.
Je pense qu’on sous-estime parfois l’importance de ce sentiment chez les adolescents. À cet âge, on leur parle beaucoup de confiance en soi, de discipline ou de persévérance. Mais ces qualités sont difficiles à transmettre uniquement avec des mots. La confiance se construit aussi lorsque quelqu’un accumule des preuves qu’il est capable de faire des choses qu’il trouvait difficiles au départ.
C’est ce que nous voyons régulièrement dans un dojo. Un jeune très réservé peut, avec le temps, devenir celui qui accueille un nouveau. Un adolescent qui ne voulait pas combattre peut finir par demander quand aura lieu son prochain entraînement. Un autre, qui croyait manquer complètement de condition physique, réalise après quelques semaines qu’il est capable de suivre le groupe beaucoup mieux qu’au début. Ce sont ces petites transformations qui me semblent les plus intéressantes.
Le karaté crée également quelque chose de très simple, mais de plus en plus précieux : un moment où le téléphone n’est plus au centre de l’attention. Pendant un cours, les jeunes sont occupés à écouter, bouger, réfléchir, réagir et travailler avec les autres. Le téléphone se retrouve dans un sac ou dans le vestiaire et, pendant un moment, il cesse simplement d’être important. Ce n’est pas une punition ni une interdiction. Il y a simplement autre chose qui retient leur attention.
Cet aspect social est également très important. Dans un dojo, les jeunes arrivent de différentes écoles, de différents milieux et avec différentes personnalités. Pourtant, lorsqu’ils s’entraînent ensemble, ces différences deviennent secondaires. Ils apprennent les mêmes techniques, vivent les mêmes difficultés et progressent ensemble. Les plus avancés peuvent aider les nouveaux, les partenaires s’encouragent et les liens se créent naturellement au fil des entraînements.
Pour un adolescent qui ne se reconnaît pas toujours dans les sports d’équipe traditionnels, cette formule peut aussi être intéressante. Il n’est pas nécessaire d’être déjà athlétique pour commencer. Il n’est pas nécessaire d’être souple, fort ou particulièrement coordonné. Tout cela se développe avec le temps. Le karaté permet justement de commencer à son propre niveau et de progresser à partir de là.
Je ne pense donc pas que la discussion sur le temps d’écran devrait toujours tourner autour de ce qu’on doit enlever aux jeunes. Réduire le temps passé devant un écran peut certainement être bénéfique, mais encore faut-il remplacer ce temps par quelque chose qui a du sens pour eux. Une passion, un groupe, un défi, une activité où ils se sentent compétents et où ils ont envie de revenir.
Pour certains adolescents, ce sera le hockey, le soccer, la musique, la danse ou une autre activité. Pour d’autres, ce sera peut-être le karaté. Le plus important est qu’ils trouvent quelque chose qui les fasse bouger sans qu’ils aient l’impression qu’on leur impose simplement de faire de l’exercice.
Si votre adolescent passe beaucoup de temps devant les écrans et que vous aimeriez le voir découvrir une activité plus physique, je pense que la meilleure approche est simplement de lui proposer d’essayer. Pas avec l’idée qu’il doit absolument s’inscrire ni qu’il doit devenir ceinture noire. Juste venir voir ce qui se passe dans un dojo, participer à un cours et se faire sa propre idée.
Parce qu’au bout du compte, le meilleur signe qu’un jeune a trouvé la bonne activité n’est pas qu’un adulte lui dise qu’elle est bonne pour lui.
C’est lorsqu’il demande lui-même : « C’est quand le prochain cours? »
Senpai Francis
Karaté Shin Torii
"Là où commence la voie du cœur et de l’esprit."




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